Agenouillé à côté de lui, le cardinal Giovanni murmure :
- Votre Eminence, voulez vous que je vous entende en confession ?
Le vieillard semble soudain prendre conscience de sa présence. Il tourne lentement son regard vers lui. Ses yeux brillent de haine. Un râle remonte le long de sa gorge.
- Je crois en Satan le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre. Je crois en Janus, son fils unique, qui est mort en abjurant Dieu sur la croix.
Une immense tristesse envahit le coeur de Giovanni. Si proche de la mort, le camerlingue est en train d'assassiner son âme. Le jeune cardinal l'envie presque d'un tel courage.
- Et s'Il existe vraiment ? Y avez-vous pensé ?
- Qui ?
- Dieu.
Le vieux camerlingue s'essouffle.
- Dieu... Dieu est en Enfer. Il commande aux démons. Il commande aux âmes damnés et aux spectres qui errent dans les ténèbres. Tout est faux, Giovanni. On nous a menti, à vous comme à moi.
- Non, Votre Eminence. Le Christ est vraiment mort sur le croix pour nous sauver. Puis il est monté aux cieux et s'est assis à la droite du Père, d'où il reviendra juger les vivants et les morts.
- Ce sont des mensonges.
- Non, ce sont des croyances. Et c'est pour ça que l'Eglise n'a pas menti. Elle a aidé les hommes à croire en ce qu'ils avaient besoin de croire. Elle a bâti des cathédrales, construit des villages et villes, elle a donné de la lumière à des siècles de ténèbres et un sens à ce qui n'en avait pas. Que reste-il d'autre à l'humanité que la certitude de ne jamais mourir ?
- C'est trop tard à présent. Ils connaissent la vérité. Ils ne l'oublieront pas.
- Allons, Votre Eminence, c'est l'invisible qui nourrit la foi, jamais la vérité.

...

C'était un extrait de L'Evangile selon Satan, un livre que j'ai lu. La partie que j'ai surligné est parfaitement ma vision de la religion catholique, ma religion, malgré ma profession de scientifique je crois en Dieu.